Les couverts végétaux, des alliés de la viticulture

Couverts végétaux pour la vigne et l'environnemnent
Les couverts végétaux séduisent de plus en plus de viticulteurs

Plébiscités pour leurs intérêts agronomiques, les couverts végétaux séduisent de plus en plus de viticulteurs. Toutefois cette pratique doit être parfaitement maitrisée pour en tirer les bénéfices escomptés. Explications…

Dans la culture de la vigne, le sol est bien plus qu’un simple support. Il conditionne la vigueur de la vigne et la biodiversité présente dans les parcelles. La mise en place de couverts végétaux permet de maîtriser ces divers paramètres mais également d’augmenter la fertilité. « Ces couvertures herbacées peuvent être spontanées, on parle alors d’enherbement naturel. Elles peuvent également être semées avec des couverts permanents ou des variétés temporaires, alors appelées engrais verts » précise Stéphanie Gentès, ingénieure spécialisée en viticulture ADVAH à la Chambre d’agriculture 34 et chargée du réseau DEPHY sud-est.

L’enherbement naturel (ou spontané)

L’enherbement naturel consiste à maintenir et à entretenir un couvert permanent ou durant la période hivernale, entre les rangs de vigne et autour des parcelles (tournières). « Cette technique permet de lutter contre l’érosion et le ruissellement durant l’hiver et ainsi de favoriser l’infiltration de l’eau. Elle permet également, d’améliorer la structure et la portance du sol et de favoriser le développement de l’activité des organismes vivants du sol. Elle joue également un rôle majeur dans le maintien de la biodiversité au sein des parcelles » explique l’ingénieure.
L’entretien de ces couverts se fait principalement par tontes. « Le moment de la tonte est essentiel il doit être fait ni trop tôt, les espèces doivent faire leur cycle, ni trop tard pour éviter le risque de concurrence hydrique et minérale » remarque l’experte.

Les engrais verts, une solution aux nombreux avantages

La mise en place d’engrais verts temporaires consiste à implanter des mélanges d’espèces végétales pendant la période de repos végétatif de la vigne.

Les objectifs peuvent être multiples :

• Améliorer la structure et la fertilité du sol
L’action mécanique d’enracinement de l’engrais vert permet de décompacter et d’ameublir le sol et ainsi d’améliorer la pénétration de l’eau et de l’air. « Le meilleur fonctionnement structurel du sol se traduit bien souvent par une meilleure infiltration et fertilité des sols » souligne Stéphanie Gentès.
• Stimuler l’activité biologique
Pendant leur développement et surtout après enfouissement, les engrais verts stimulent l’activité biologique du sol. « On peut ainsi assister la remise en place d’une équilibre avec la réapparition de vers de terre, véritable ingénieur du sol, mais aussi des micro-organismes. Toute une faune qui va en se nourrissant, dégrader la matière organique fraiche, la minéraliser, restituer les éléments nutritifs à la plante » explique l’experte.
• Lutter contre l’érosion et le ruissellement
Outre leur rôle structurel et fertilisant, les engrais verts, comme tout couvert végétal, ont une action mécanique pour diminuer le ruissellement et lutter contre l’érosion. « En parallèle de ce phénomène, ils vont empêcher le lessivage et la dispersion des produits de traitements et diminuer les pertes d’éléments fertilisants. C’est d’ailleurs l’un des enjeux majeur du grenelle de l’environnement » ajoute l’experte.
• Maîtriser les adventices
Certaines espèces couvrantes ou à croissance rapide concurrencent le développement des mauvaises herbes. « En revanche, le couvert puise de l’eau et des éléments minéraux pour sa croissance. Attention donc en sol pauvre ou superficiel et lors de périodes de forte croissance de la vigne à détruire l’engrais vert, avant qu’il ne concurrence la vigne sur le plan hydrique » remarque Stéphanie Gentès.

Un choix précis des espèces

La végétation spontanée est parfois suffisante pour jouer le rôle d’engrais naturel. « Cependant dans certains cas, les espèces endémiques sont beaucoup plus concurrentielles que des espèces sélectionnées qui ont en plus un objectif agronomique précis » note l’ingénieure. Le couvert déjà existant sert donc, la plupart du temps, de base pour élaborer un mélange de différentes variétés. « L’association de plusieurs espèces choisies pour leur complémentarité favorise l’établissement d’une concurrence positive entre les plantes et permet une augmentation de la biomasse. » souligne Stéphanie Gentès.

Trois principales familles de plantes sont utilisées : les Fabacées ou légumineuses (lentille, luzerne, trèfle, …), pour capter l’azote de l’air et améliorer l’autonomie en azote de la vigne. Les Brassicacées ou crucifères (chou, navet, radis, colza, moutarde, …), pour décompacter le sol grâce à son système racinaire. Les Poacées ou graminées (blé, maïs, orge, riz, …), pour structurer le sol grâce à leur système racinaire et leur action sur l’activité des microorganismes.

Des risques à ne pas négliger

Il convient par ailleurs d’adapter les couverts végétaux en fonction de la climatologie, du terroir et des objectifs de production. « En effet, dans certaines situations, dès lors qu’ils sont mal maîtrisés, les engrais verts peuvent entraîner une concurrence hydrique et azotée préjudiciable à la vigne et, in fine, aux rendements et à la qualité des vins » indique l’experte.
« Les situations de gelées peuvent également être empirées par la présence de couverts végétaux. Il faut donc détruire le couvert avant tout épisode de gel, notamment si la vigne a débourré. Une destruction trop tardive des couverts peut enfin mener à un relargage d’azote important pendant la véraison et favoriser ainsi l’apparition de maladies comme le mildiou et le botrytis » ajoute-t-elle.

Une période à respecter

En général, le semis d’engrais vert se fait avant la récolte. « Il faut alors veiller à réaliser le semis dans un sol bien préparé et avant qu’il ne pleuve afin de s’assurer une bonne levée. Cette technique permet de recouvrir les parcelles d’un couvert durant l’hiver et d’occuper la place que pourraient prendre de potentielles adventices au début du printemps » affirme Stéphanie Gentès.
En outre, selon la professionnelle « plus le semis est précoce, meilleure sera la production de biomasse et les effets sur le sol ».

Optimiser la destruction des couverts végétaux

Les engrais verts sont des plantes cultivées pour améliorer la fertilité et la structure du sol et non pour être récoltées. Ils sont donc destinés à être détruits.
Différentes méthodes de destruction des couverts végétaux existent. Qu’il s’agisse du roulage, de la tonte, du broyage ou de l’enfouissement, chacune vise un même objectif, la restitution au sol de la biomasse fournie par le couvert. « En revanche, leur mode de destruction a un impact sur la vitesse de dégradation du couvert ainsi que sur sa minéralisation et la restitution à la plante » remarque Stéphanie Gentès.
En outre, la destruction du couvert doit intervenir au plus tard à la floraison des plantes pour éviter la concurrence hydro-azotée avec la vigne ou encore la montée en graines et le re-semis.

Inscrit dans le plan Ecophyto, le réseau DEPHY FERME rassemble plus de 3 000 exploitations agricoles engagées dans une démarche volontaire de réduction de l’usage de pesticides. Il réunit 41 porteurs de projets répartis sur environ 170 sites expérimentaux, et permet de concevoir, tester et évaluer des systèmes de culture visant une forte réduction de l’usage de produits phytosanitaires.
« Pour accompagner chaque agriculteur à construire son projet  d’évolution de pratiques, un ingénieur est affecté au suivi technique de ces exploitations ainsi qu’à la collecte des informations nécessaires à la production de références » précise Stéphanie Gentès, en charge du réseau DEPHY sud-est de l’Hérault.

Inscrit dans le plan Ecophyto, le réseau  DEPHY FERME rassemble plus de 3 000 exploitations agricoles engagées dans une démarche volontaire de réduction de l’usage de pesticides. Il réunit 41 porteurs de projets répartis sur environ 170 sites expérimentaux, et permet de concevoir, tester et évaluer des systèmes de culture visant une forte réduction de l’usage de produits phytosanitaires. « Pour accompagner chaque agriculteur à construire son projet  d’évolution de pratiques, un ingénieur est affecté au suivi technique de ces exploitations ainsi qu’à la collecte des informations nécessaires à la production de références » précise Stéphanie Gentès, en charge du réseau DEPHY sud-est de l’Hérault.

Bien définir ses objectifs
« Avant de choisir son couvert végétal, il est indispensable pour chaque agriculteur d’identifier et définir les contraintes de sa parcelle et de hiérarchiser ses objectifs en termes de production mais aussi d’un point de vue agronomique : protection des sols contre l’érosion, reprise en main de la fertilité des sols, ou encore amélioration du taux de matière organique. Il est également important d’adapter ses choix selon les ressources disponibles sur l’exploitation : matériels, semences, temps de travail » explique Stéphanie Gentès.
Les vignerons sont dès lors encouragés à participer aux journées de formations et d’informations dispensées par la Chambre d’agriculture de l’Hérault. « Nous proposons notamment une formation sur les couverts en lien avec la vie des sols, qui présente les différents outils et techniques de semis avec une mise en situation directement dans les parcelles » ajoute l’experte.

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