Millésime Bio : les nouveaux enjeux de la viticulture bio

Jeanne Fabre, présidente de la commission Millésime Bio
Jeanne Fabre, présidente de la commission Millésime Bio

Malgré le contexte sanitaire et économique, le secteur de la viticulture bio ne cesse de prendre de l’ampleur, tant en termes de consommation que de production. Explications avec Jeanne Fabre, présidente de la commission Millésime Bio, en charge de l’organisation du salon…

Comment expliquez-vous les bons résultats de la viticulture bio dans ce contexte si particulier ?

Aujourd’hui, il y a une véritable prise de conscience de l’importance du bio et du respect de la planète. Or, cette prise de conscience s’est accélérée avec la crise sanitaire du Covid-19. Les gens se tournent désormais plus largement vers le local et le bio. Plus soucieux de leur santé, ils souhaitent consommer des produits sains. Le bio était déjà tendance, la demande était en nette progression depuis quelques années. Mais là, nous assistons à une véritable révolution alimentaire.
C’est d’ailleurs ce qui sauve bon nombre de vignerons, qui ne peuvent plus écouler leur production auprès des restaurateurs. En effet, les ventes ont littéralement explosées dans les circuits de distribution spécialisés en bio. Du côté des producteurs, il y a un temps immuable de conversion qui est de trois ans. On ne peut donc pas relier de manière aussi directe l’actualité à la hausse de la consommation et de la production. Mais ce qui est claire c’est qu’il y a un véritable pic de producteurs en fin de conversion et les nouvelles inscriptions ne cessent d’affluer.

Comment cela se traduit-il au sein de la filière viticole ?

Selon les chiffres de l’Agence Bio, le nombre d’exploitations certifiées ou engagées en conversion bio en 2019 est en hausse de 60% par rapport à 2018. Cela se vérifie avec les chiffres du salon Millésime Bio 2021. En effet, cette année, le salon organisé dans sa version digitale accueillera plus de 1000 exposants dont plus de 10% sont de nouveaux exposants. Pour la plupart, il s’agit de producteurs qui viennent de finir leur conversion, mais il y a aussi les producteurs bio qui souhaitent désormais intégrer les plateformes de marché. C’est un signe de grand dynamisme !

Quel rôle les vignerons jouent-ils selon vous dans la prise de conscience environnementale ?

Déjà, il faut souligner qu’il n’y a pas que le bio dans cette prise de conscience environnementale. Le bio est une des démarches. C’est la plus exigeante en termes de réduction de l’usage des produits phytosanitaires et des engrais chimiques, mais elle ne prend pas en compte la totalité des aspects comme la biodiversité ou encore le social comme peuvent le faire d’autres labels. Toutes ces démarches sont complémentaires, il ne faut donc pas les opposer. Il s’agit simplement d’ambitions différentes qui correspondent à des valeurs et des besoins différents. Mais ce que l’on peut dire, c’est que les vignerons ont compris que leur avenir passait par la préservation de leur terre. En parallèle, les consommateurs ont pris conscience de l’impact de leurs modes de consommation sur leur santé et sur l’environnement. Les vignerons ne sont donc pas les seuls à influencer le marché, les consommateurs sont devenus aussi des consom’acteurs.

Comment, au niveau de la filière viticole, s’organise-t-on justement pour répondre à ces attentes des consommateurs ?

Certains syndicats d’appellations, comme Corbières et Faugères, ont pris l’initiative d’inscrire la mise en application de démarches agro-environnementales dans leur cahier des charges. Les vignerons sont par ailleurs beaucoup plus transparents et communicatifs. Ils n’hésitent pas à raconter leur histoire et celle de leur domaine au consommateur. Depuis quelques temps, on assiste également au développement de nouveaux programmes et modules de formations autour des questions environnementales, proposés notamment par le CIVAM Bio ou la Chambre d’agriculture. Les enseignements dispensés sont beaucoup plus concrets, voire techniques et répondent aux questions des vignerons de manière plus spécifique. Ces formations sont indispensables et permettent notamment aux exploitations qui souhaitent faire leur transition, d’anticiper les coûts et de mieux appréhender les contraintes économiques.

Justement, avec la crise économique qui se profile, l’environnement risque de passer au second plan. Comment faire, selon vous, pour que cela reste une priorité pour les vignerons ?

Pour le moment, vu le cours du marché bio, la forte demande par rapport à la capacité de production et la pression sociale, nous sommes un peu moins concernés par la crise que d’autres vignerons plus traditionnels. Notre grande frayeur, c’est au contraire qu’il y ait une sorte de bulle spéculative du fait que l’offre est encore trop faible. Par contre, il faut savoir qu’un domaine cultivé en bio est plus couteux qu’un domaine traditionnel, en termes de besoins humains, de travail à la vigne, de technique et de matériel. Là, heureusement, il peut bénéficier d’aides de la région Occitanie.
En ce qui concerne les conversions, le contexte actuel risque de contraindre les exploitations à revenir en arrière ou à retarder leur démarche. Pour les encourager à franchir le pas, nous avons trois arguments : la solidarité entre vignerons, un marché rentable et le soutien de la filière à travers des formations et des subventions. Enfin, notre dernière ressource est bien évidemment le salon Millésime Bio, qui permet de faire rayonner les vignerons bio à l’international !

Cette année, le salon Millésime Bio a été repensé dans une version digitale. Quel en sera le principe ?

Le salon a été repensé mais n’a pas été reporté ! Cela a été un véritable combat. Nous étions en effet tous suspendus aux annonces présidentielles. Mais assez rapidement, nous avons convenu de maintenir les dates initialement prévues. En effet, en début d’année les vignerons s’affairent principalement à la taille, c’est plus ou moins une période de battement. Avec l’arrivée du printemps, les vignerons sont davantage mobilisés dans les vignes afin notamment de prévenir les risques de maladies. Reporter le salon à cette époque n’était donc pas envisageable. En outre, le marché se dessine principalement en début d’année. Ainsi, nous nous devions de répondre également aux attentes des acheteurs. Nous avons dès lors opté pour une version digitale, qui prendra la forme d’une plateforme unique, où les vignerons pourront renseigner leurs données sous forme de catalogue et où les acheteurs pourront déambuler virtuellement. Un client potentiel pourra cliquer sur une sorte de sonnette et rentrer ainsi en contact avec le vigneron à travers un stand virtuel.

Quels sont les atouts de ce nouveau mode de fonctionnement et ses éventuelles limites ?

Le principal atout de ce salon virtuel est qu’il permet de qualifier les prospects avant d’envoyer les échantillons. Il est également ouvert 24 heures sur 24, un acheteur chinois pourra ainsi demander un rendez-vous à un vigneron qui pourra lui répondre un peu plus tard. Cela permet de ne pas rater de contacts. En outre, le vigneron pourra vaquer à ses occupations sans attendre de rendez-vous devant son écran. Par ailleurs, il n’y a pas de limites d’exposants. Chaque année nous avons des listes d’attentes, ce qui ne sera pas le cas cette fois-ci. Enfin, un atout et pas des moindres, cette formule digitale permet de limiter l’empreinte carbone.
Les limites peuvent être au niveau organisationnel. En effet, l’installation du stand virtuel demande un véritable temps de préparation avec des moyens au niveau photos, ainsi que de la vidéo pour ceux qui le peuvent. Mais il faut savoir que les équipes de Sudvinbio se tiennent à disposition pour aider les vignerons à organiser leur communication. Et puis, la contrainte la plus importante est que cette année, on ne pourra malheureusement pas déguster, ni se rencontrer.

Quelle forme prendra à votre avis ce salon dans les prochaines années ?

On peut tout à fait imaginer un nouveau concept de salon qui associe pourquoi pas une partie digitale permettant de qualifier les acheteurs en amont. Celle-ci pourrait être complétée par un salon réel, afin de concrétiser les affaires, les contacts et bien évidemment prendre le temps de découvrir et déguster les vins… Cette nouvelle édition a en tout cas l’intérêt de nous interroger sur la suite !

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