Gel dans les vignes : à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles

Le gel des vignes en 2021, une catastrophe écologique qui frappe tous les agriculteurs

Trois semaines après la vague de froid et de gel qui a fait de lourds dégâts dans le vignoble héraultais, Jérome Despey, président de la Chambre d’agriculture de l’Hérault dresse un nouvel état des lieux…

«C’est une gelée historique ». Trois semaines après l’épisode de gel qui a frappé l’Hérault et une majeure partie de la France, Jérôme Despey, président de la Chambre d’agriculture de l’Hérault est encore abasourdi par son impact sur le vignoble héraultais. « L’épisode de gel que l’on a subi est d’une intensité inédite tant par les températures que par l’étendue des surfaces sinistrées. 100% des surfaces de vigne du département, soit 80 000 hectares, ont été touchées. La moitié de la récolte 2021 pourrait être perdue soit 5 millions d’hectolitres de vin » déplore-t-il.

Les dommages sont d’autant plus importants que la végétation était en avance pour la saison. « Une semaine avant le gel, nous enregistrions des températures record, engendrant des débourrements particulièrement précoces. En quelques jours à peine, nous avons perdu par endroit, plus de 25 degrés, ce qui a été fatale à la vigne » souligne le président de la Chambre d’agriculture de l’Hérault.

Les autres filières également concernées

La viticulture n’est pas la seule sinistrée, « les conséquences pour l’agriculture du département sont également dramatiques » observe Jérome Despey. « Les arboriculteurs sont également très durement touchés, notamment les fruits à noyaux ainsi que les pommes, pour les variétés dont la floraison était avancée. Il y aura dont très peu de fruits cet été sur les étals des marchés de l’Hérault. Les dommages concernent également les cultures de céréales, surtout le blé dur et le colza mais aussi les fourrages. L’oléiculture est elle-aussi concernée avec par endroit des pertes de 100%. Du jamais vu ! »

Rester prudent dans les prévisions

Afin de réaliser une évaluation précise de la situation, de nombreuses visites dans les vignobles ont été organisées tout au long du mois d’avril, avec les partenaires, les organismes professionnels et les élus. « Le Premier ministre Jean Castex, accompagné du ministre de l’Agriculture Julien Denormandie, se sont également déplacés dans l’Hérault le 17 avril dernier. Ils ont ainsi pu découvrir l’ampleur de cette catastrophe climatique et en mesurer les enjeux » assure Jérôme Despey.
Toutefois, selon lui, il faut rester très prudent quant aux estimations et ne pas dresser de bilan trop hâtif « car même si par endroit les vignes n’ont été impactées qu’entre 10 et 30%, elles ont été très nettement stressées. Cela risque de se traduire, à la floraison, par un phénomène important de coulure. En outre, on sait que les épisodes de gel peuvent se produire jusqu’à la mi-mai et qu’à cette période, il n’est pas rare non plus de faire face à la grêle. Après quoi, nous rentrerons sans doute dans une période de sécheresse. Il faut donc attendre cet été, voire même les vendanges, pour faire le véritable bilan de la production ».

Soutenir les agriculteurs en détresse

Outre l’impact sur les vignes et les cultures, Jérôme Despey signale par ailleurs la grande détresse des vignerons et des agriculteurs, et plus particulièrement des jeunes. « Lors des visites de terrain nous avons rencontré des personnes très touchées psychologiquement et moralement. Ce sont notamment les plus jeunes qui sont les plus vulnérables. En effet, ils se sont endettés et n’ont connu que des aléas climatiques et des sinistres depuis leur installation : la canicule, la sécheresse, le mildiou, la grêle… Il faut dont trouver des moyens pour les aider, d’où l’alerte auprès du gouvernement et la mise en place d’un numéro vert ». La Chambre d’agriculture a en effet immédiatement mis en place une cellule de crise avec un numéro d’appel, le 04 67 20 88 17, pour accompagner les agriculteurs en difficulté. Dans le même temps, « il y a eu une grande réactivité de l’ensemble des élus et représentants du gouvernement qui se sont largement mobilisés pour mettre en place ces mesures d’urgence » remarque Jérôme Despey.

Des mesures d’urgences inédites

Quelques jours à peine après cette catastrophe climatique, le Premier ministre a en effet annoncé une série de mesures d’un montant d’1 milliard d’euros. « Ce plan d’urgence, que je salue, comprend la mise en place d’une année blanche sur les cotisations sociales et la part patronale, l’exonération de la taxe sur le foncier non bâti ainsi que l’accès au chômage partiel. Par ailleurs, l’indemnisation au titre des calamités agricoles sera étendue à la viticulture et aux grandes cultures, ce qui est inédit. Enfin, ce plan comprend une enveloppe qui sera allouée à chaque préfecture afin d’accompagner les cas de fragilité extrême » détaille le président de la Chambre d’agriculture de l’Hérault.
Les producteurs concernés pourront également bénéficier d’une avance forfaitaire fondée sur la perte de chiffre d’affaires. Cette aide sera financée via un fonds de solidarité exceptionnel qui sera également ouvert aux entreprises qui travaillent en aval de la filière.

Miser aussi sur la prévention

Le Premier ministre a par ailleurs rappelé la nécessité d’apporter des réponses structurelles pour renforcer durablement l’agriculture face aux aléas climatiques. Il a notamment demandé d’accélérer les travaux concernant la protection des cultures contre les aléas climatiques. « Il est essentiel d’avoir une meilleure résilience dans nos exploitations pour faire face au changement climatique. Or, cela doit se traduire par de la prévention. Sur ce point fondamental, nous avons été entendus car le plan annoncé prévoit le doublement de l’enveloppe liée à la prévention climatique. Celle-ci va passer à 200 millions d’euros pour aider les structures dans leurs investissements liés à la lutte contre le gel ou la grêle et la mise en place d’outils de protection de nos cultures » se félicite Jérôme Despey. Reste à voir comment et quand seront appliquées toutes ces mesures, avertit toutefois le président de la Chambre d’agriculture de l’Hérault. « Il faudra une gestion la plus souple possible pour les agriculteurs concernés avec un travail sur les critères et modalités d’éligibilité, qui doivent être simples et accessibles au plus grand nombre ».

D’après les données du Comité national des interprofessionnels des vins à appellation d’origine et à indication géographique (CNIV), il faut remonter à 1991 pour retrouver un épisode de gel aussi dévastateur.

Une concertation des interprofessions

Autre source d’inquiétude selon lui, les risques de pertes de parts de marché notamment sur les marchés à l’export, du fait de cette probable contraction du volume de production. « J’en appelle à la responsabilité de tous. Il faut engager une concertation au sein des interprofessions pour éviter qu’une flambée des cours nous fasse sortir du marché », conclut Jérôme Despey.

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