Initiatives : des chauves-souris dans les vignes pour réduire les pesticides

Élever des chauves-souris s'avère plus intéressant que d'utiliser des pesticides pour éliminer les insectes dans les vignes

Dans le contexte actuel de développement durable, de nombreuses méthodes alternatives à l’utilisation des produits phytosanitaires se sont développées. Parmi elles, l’implantation des chauves-souris au sein des vignobles… 

Les chiroptères, plus communément connus sous le nom de chauves-souris, s’avèrent être de précieux alliées pour la vigne. « Une seule chauve-souris est capable de manger en une nuit près de 2000 insectes, dont certains sont nuisibles pour la vigne comme l’eudémis, un papillon ravageur. Les chauves-souris s’avèrent ainsi une véritable alternative à certains pesticides » explique la Ligue pour la Protection des Animaux, étude à l’appui.

L’étude menée par la LPO en mars dernier, montre que « les chauves-souris augmentent leur activité de chasse en présence de ravageurs (proies). Ces résultats attestent donc de façon formelle, et pour la première fois, la capacité des chauves-souris à se nourrir d’eudémis et de cochylis, des papillons ravageurs de la vigne qui, en cas d’infestation, contraignent les viticulteurs à l’emploi d’insecticides ».

Plus de 600 abris dans l’Hérault

Afin de favoriser l’implantation dans l’Hérault de ce mammifère méconnu, le Département de l’Hérault a distribué à ce jour plus de 600 abris à chauves-souris auprès d’exploitants agricoles souhaitant favoriser cet auxiliaire de la vigne.
Parmi eux, la cave coopérative Castelbarry, première cave du département labellisée « Vignerons en Développement durable » en 2017 et qui a engagé depuis 2014 une politique d’aménagement en faveur de la faune et de la flore.  « Nous avons souhaité favoriser l’implantation des chauves-souris sur notre vignoble en installant des abris spécifiques à une espèce locale : la pipistrelle. Ces abris, fixés sur un arbre au milieu des vignes, peuvent accueillir jusqu’à 50 individus » explique Lucie Bayet, responsable qualité chez Castelbarry.

Des abris sur mesure

La création des abris a été permise grâce à un artisan local, qui a adhéré immédiatement à la démarche : la menuiserie Damien Casas. « Depuis le début, cet artisan nous accompagne dès lors qu’un coopérateur souhaite installer un abri dans sa parcelle. Les abris sont créés conformément aux recommandations du LPO, car il est fondamental de respecter des dimensions précises pour que les chauves-souris se sentent bien dans leur nouvel habitat » précise Lucie Bayet.

Sensibiliser le grand public

En parallèle de l’installation d’abris dans le vignoble, la cave de Castelbarry a mis en place plusieurs journées de sensibilisation auprès du grand public. « Le but de ces journées est de faire comprendre l’importance qu’ont ces animaux sur notre territoire et d’alerter sur le déclin de population chez la pipistrelle » ajoute la responsable qualité. Dans ce même objectif, des soirées de recherche et de comptage des chauves-souris ont été spécialement organisées pour le grand public, par la LPO.
Une opération spécifique à également été menée auprès des enfants de l’école primaire de Montpeyroux. « Celle-ci a été organisée lors de la semaine du développement durable et a abouti à la sensibilisation d’une centaine  d’enfants » se félicite Lucie Bayet.

Pour une suppression des traitements chimiques

L’implantation de la pipistrelle, couplée à la confusion sexuelle (une technique qui empêche les papillons de se reproduire) a permis de diviser par trois les traitements d’insecticides dans l’Hérault.
« Castelbarry utilise déjà la confusion sexuelle sur près de la moitié de ses parcelles, soit plus de 244 ha. 90% de son vignoble est d’ailleurs en agriculture raisonnée et bio. Nous espérons ainsi que l’opération “chauves-souris” permette à la coopérative une protection supplémentaire de son vignoble alternative aux produits chimiques » affirme Lucie Bayet.

Depuis 2018, la cave de Montpeyroux mise également sur les “hôtels à insectes”. Ces installations réalisées à base de bois d’anciennes barriques et de matière organique ont pour objectif de favoriser l’implantation d’insectes dits “utiles” à la vigne. « Ces hôtels à insectes ont été réalisés par les enfants de l’école de Montpeyroux en partenariat avec une association locale » conclut Lucie Bayet.

En France, sur les 34 espèces de chauves-souris, 16 sont aujourd’hui menacées. C’est le cas notamment de la pipistrelle. D’après l’Observatoire National de la Biodiversité, cette espèce en particulier a perdu, globalement, près de 40 % de ses effectifs en dix ans.

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