Un plan de soutien pour le secteur viticole

Ludovic Roux, président de la section viticole de Coop de France Occitanie — Photo © Coop de France Occitanie

Aux côtés des représentants de la filière vitivinicole en France, les Vignerons Coopérateurs d’Occitanie interpellent les parlementaires et exigent un plan de relance de plus de 500 M€.  Explications avec Ludovic Roux, président de la section viticole de Coop de France Occitanie.

Pour quelles raisons le monde du vin est-il particulièrement impacté par la crise du Covid-19 ?

Depuis la mi-mars, le secteur viticole fait face à une chute de la consommation de vin en raison de la fermeture des bars, cafés et restaurants. Sans compter l’annulation des salons des vins et la baisse de fréquentation des caves. Pour les petits domaines, qui n’ont que peu de trésorerie, l’épidémie de coronavirus a un impact considérable. Les coopératives tiennent, quant à elles, un peu mieux le choc car elles disposent de davantage de trésorerie et servent d’amortisseur social. Mais le contexte économique est tout de même inquiétant et vient qui plus est, s’ajouter à la baisse de la consommation de vins rouges AOP en France ainsi qu’à la baisse des exportations de vins français vers les Etats-Unis, suite à la mise en place des taxes “Trump” en 2019. C’est pourquoi la filière viticole réclame un plan d’aide de 500 millions d’euros.

A quoi sera destinée précisément cette enveloppe ?

Ce plan d’aide permettra d’assurer la stabilité du marché et de financer une série de mesures aujourd’hui plus que nécessaires, en particulier l’instauration d’une distillation de crise  à un prix de 80€/hectolitre pour les vins à indication géographique et à 65€/hectolitre pour les vins sans indication géographique. Trois millions d’hectolitres, sont concernés par ce dispositif. Il s’agit d’arriver aux vendanges avec des caves capables d’accueillir la nouvelle récolte. L’objectif est en parallèle de renforcer la trésorerie des entreprises viticoles qui font le choix de distiller et qui ont une activité réduite du fait de la restriction des marchés. Cette distillation permettra en outre d’écouler les stocks non vendus et ainsi de répartir sur des bases saines. Le reste des requêtes portent sur des exonérations de cotisations sociales pour les structures les plus en difficulté. Nous demandons également l’aide au stockage privé, la baisse des rendements ou encore la vendange en vert. Enfin, une partie de ce plan doit permettre de créer un fond de compensation des taxes à 25% imposées aux exportateurs de vins vers les Etats-Unis depuis le mois d’octobre 2019.

Des mesures viennent d’être prises par le gouvernement. Sont-elles suffisantes pour soutenir la filière ?

Si nous cumulons le montant des aides proposées, nous avons à peine atteint la moitié de la somme demandée, soit 250 millions d’euros. Or, sur ce montant, 80 millions d’euros proviennent du programme national d’investissement de la filière (PNA), qui lui, était déjà prévu. Nous sommes donc encore loin du compte. C’est notamment le cas pour la distillation qui ne porte actuellement que sur 2 millions d’hectolitres. Toutefois, le plan proposé est une première étape. Le ministre de l’Agriculture a en effet insisté sur le fait que le plan proposé n’était pas figé . A nous donc de rester vigilent notamment sur les exonérations des charges patronales, car bien souvent la coopération est oubliée par la mise en place de ces dispositifs. Pour rappel, l’ensemble des coopératives sont passées à côté des exonérations Travailleurs Occasionnels et dernièrement ce sont leurs adhérents associés coopérateurs qui n’ont pu accéder au fond de solidarité mis en place par le gouvernement. Pourtant, il ne faut pas oublier qu’une coopérative est un regroupement de petits vignerons. La coopération devrait donc bénéficier d’une dérogation et être intégrée à ces dispositifs.

La région Occitanie vient-elle compléter ce plan de relance ?

En Occitanie, il est effectivement prévu un plan de relance important, mais celui-ci est davantage axé sur la commercialisation. L’objectif est de donner de la trésorerie aux entreprises et aux interprofessions pour leur permettre d’aller chercher de nouveaux marchés. A travers ce plan, l’idée est également de faire la promotion des produits de la région, placés sous le signe de la qualité. Ces aides permettront ainsi de dynamiser les ventes.

La Région et l’ensemble de la profession viticole lancent un plan de relance collectif inédit 
La Région et tous les acteurs de la filière « vin » d’Occitanie (Interoc, IVSO, CIVL, CIVR, la partie gardoise d’Inter Rhône, les Vignerons indépendants, les coopérateurs, les metteurs en marché et la Chambre Régionale d’Agriculture) se sont rassemblés et mobilisés pour bâtir collectivement un plan de relance d’une ampleur inédite en France. « La Région consent à la filière un plan de soutien de 7 M d’€ dont 80% sera destiné au soutien aux entreprises dans leur relance commerciale et 20% concerne l’accompagnement d’actions collectives des interprofessions » explique Miren de Lorgeril, présidente du CIVL (Conseil interprofessionnel des vins AOC du Languedoc et des IGP Sud de France).
Ce plan vient ainsi protéger les entreprises des effets de la crise actuelle et accompagner la reprise commerciale de ce secteur essentiel à l’économie régionale, précise Carole Delga,présidente de la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée. « Avec des aides directes pour les entreprises viticoles, en particulier pour la commercialisation, des actions collectives et de promotion, nous sommes prêts à agir sur tous les fronts : pérenniser les emplois, favoriser le développement local des activités et impulser la reconquête des marchés en France et à l’international ».
La Région a également  mis en place un dispositif appelé « pass rebond » dont le montant a été remonté à 200 000€ d’aides possibles par entreprises, avec 1€ d’aide pour 1€ investi, soit pour 400 000€ de dépenses. « Le CIVL participera activement à l’information et à l’aide à la mise en œuvre de ces outils » assure Miren de Lorgeril, présidente du CIVL.

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