Vins de Pays d’Oc IGP, une success story aussi à l’export

Jacques Gravegeal commente le succès des vins IGP du Languedoc à l'exportation
Jacques Gravegeal commente le succès des vins IGP du Languedoc à l'exportation — Photo © Nathalie Savary

Créés en 1987, les vins de Pays d’Oc IGP sont aujourd’hui un véritable label d’excellence dont la réussite s’écrit depuis toujours à l’international. Explications avec Jacques Gravegeal, président d’Inter Oc, l’interprofession des Pays d’Oc IGP.

Comment sont nés les vins de cépages, aujourd’hui portés par les vins de Pays d’Oc IGP ?

Il y a quarante ans, le Languedoc était confronté à une agonie de la filière. Le marché était essentiellement constitué de vins de table, qui ne répondaient plus aux attentes des consommateurs. Il fallait donc trouver une réponse qualitative, pour mieux valoriser les vins du Languedoc. Pendant ce temps, dans le reste du monde les producteurs étaient en train de copier les cépages qualitatifs et emblématiques qui faisaient la notoriété des appellations françaises. C’est lors d’un voyage en Californie au début des années 80, que j’ai pris la mesure de cette nouvelle tendance. Ce concept de vin de cépage était en passe de supplanter l’approche traditionnelle des AOC. Or, la Californie a d’importantes similitudes avec le Languedoc, notamment climatologiques. Il était donc logique d’appliquer la même recette, qui plus est avec nos propres cépages !

Une rencontre décisive vous permettra de concrétiser vos projets. Pouvez-vous nous en dire plus ?

A mon retour de Californie, je rencontre les acteurs de la filière pour leur exposer mes observations et il s’avère qu’un négociant sétois, Robert Skalli, avait fait les mêmes constats. Nous nous rencontrons en 1987. Mon idée de construire une échelle de valeur qualitative avec des vins de cépages retient alors son attention. Il m’expliquera plus tard qu’il a en fait une propriété en Californie, dans la Nappa Valley, et qu’il produit déjà des vins de cépage ! Ensemble nous créons les Vins de Pays d’Oc et Robert Skalli m’ouvre les portes de l’export avec sa marque de distributeur « Fortant de France ». Très vite, les Vins de Pays d’Oc rencontrent un succès florissant. 30 ans après, les vins de Pays d’Oc IGP représentent plus de 120 000 hectares de vignes, soit la moitié du vignoble du Languedoc-Roussillon ! Nous produisons l’équivalent de 6 millions d’hectolitres, ce qui correspond à 743 millions de bouteilles commercialisées, dont 48% à l’export.

Quels sont justement les principaux marchés à l‘export des vins de Pays d’Oc IGP ?

Avec près de 67 millions de bouteilles vendues, l’Allemagne est notre premier marché. C’est d’ailleurs notre marché historique. Il s’agit avant tout d’un marché de prix, où la lutte se fait en grande partie avec les Italiens, très bien implantés. L’Allemagne est par ailleurs un marché ultra qualitatif. Les Allemands sont en effet réputés pour être exigeants voire intransigeants. Sur le marché allemand on note ainsi une monté en puissance de la valeur. Les Pays-Bas représentent le second marché des Vins de Pays d’Oc IGP, avec plus de 42 millions de bouteilles vendues, talonnés par la Belgique, où la croissance est soutenue, notamment grâce à l’essor des BIB.

Comment expliquez-vous un tel engouement pour les vins de cépage sur ces marchés européens ?

Le succès des vins de cépages s’explique notamment par les changements de mode de vie auxquels on assiste en Europe, depuis seulement une à deux générations. Aujourd’hui, la plupart des familles sont dissociées. Chacun travail de son côté et rentre le soir à des horaires différents. Les repas sont ainsi éclatés et il n’y a plus de repas commun traditionnel.  Avec ces changements, les habitudes de consommation évoluent également. On ne boit plus de vin pour accompagner un repas traditionnel mais davantage pour le plaisir ou la curiosité. Or, les vins de cépage s’adaptent mieux à ces habitudes portées par les néo-consommateurs européens. En outre, aujourd’hui la famille évolue sur un système de consommation monoparentale. Parfois, seul un des parents consomme du vin. Lorsque c’est le cas, ouvrir une bouteille c’est assurément la gaspiller. Voilà pourquoi le BIB est aujourd’hui privilégié par les mono-consommateurs.

Les vins de Pays d’Oc IGP sont également largement implantés en Asie. Quelles sont les particularités de ce marché ?

En Asie, le vin renvoi à une classe de la population dite « éduquée ». Consommer du vin est un code sociétal directement lié à la gastronomie et à l’art de vivre. Nous avons d’ailleurs conquis le marché asiatique avec cette notion « d’art de vivre à la française ». Ce marché asiatique est aujourd’hui nettement dynamisé par la Chine, qui représente d’ailleurs le cinquième marché des vins de Pays d’Oc IGP. Il s’agit d’un marché au commerce millénaire, réputé pour sa propension à la contrefaçon. Les chinois connaissent particulièrement bien nos cépages et nos terroirs et sont d’ailleurs en train d’implanter un vignoble à l’identique du nôtre !

Au-delà du marché chinois, quelles sont les tendances de consommation que vous décelez, à l’export ?

Aujourd’hui les consommateurs internationaux recherchent des vins moins boisés, simplement sublimés par une note légèrement grillée. Le côté aromatique est également particulièrement apprécié et recherché. C’est d’ailleurs ce qui explique le succès des cépages « thiolés », qui développent des composés aromatiques variétaux uniques. Enfin depuis quelques temps on note également la tendance des vins légèrement pétillants, dits « perlés ». Ce phénomène influe aujourd’hui sur les doses de gaz carbonique, qui augmentent légèrement. Les vins gagnent ainsi en fraîcheur. Ils sont d’ailleurs de plus en plus souvent consommés « Ice ». Car aujourd’hui boire, c’est se rafraîchir !

Vous parlez des consommateurs internationaux en général. Existe-t-il selon-vous un goût standardisé des vins ?

Avec la mondialisation, tout est standardisé. Aujourd’hui, qu’on soit en France ou à Shanghai, on consomme tout de la même manière, de la tenue vestimentaire aux produits high-tech en passant par les voitures… Les boutiques sont d’ailleurs les mêmes dans le monde entier. Cela veut dire qu’aujourd’hui on assiste à l’uniformisation des goûts et des couleurs.

En tant que visionnaire, comment voyez-vous le marché du vin de demain ?

Selon moi, le marché est assez stable, mais je pense que nous avons encore des marges de développement, même si celles-ci restent limitées par le prix. Concernant la Chine, alors que nous leur avons fourni notre savoir-faire, nos œnologues, nos plans, nos pépinières, nous payons des droits de douane, ce qui n’est pas le cas du Chili ni de l’Australie ! Il est donc nécessaire de lever ces taxes, sans quoi nous allons perdre des parts de marché. D’autant qu’avec le Brexit, l’Australie ne va pas se gêner pour redevenir partie prenante du Commonwealth afin de disposer de droits de libre-échange. L’avenir du marché est donc dicté par les accords politiques qui seront mis en place demain…

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