L’appellation Languedoc face à la crise et aux enjeux climatiques

Les vignes du Pic Saint-Loup
Les vignes du Pic Saint-Loup — Photo Régis Domergue © Syndicat AOP Pic Saint-Loup
Jean-Benoît Cavalier, président du Syndicat de l’AOC Languedoc

L’assemblée générale des AOC Languedoc s’est tenue le jeudi 25 juin dernier au Mas de Saporta. Retour sur les principaux sujets abordés avec Jean-Benoît Cavalier, président du Syndicat de l’AOC Languedoc.

Comment s’est déroulée la dernière AG en termes d’organisation et quels ont été les points abordés en introduction ?

L’Assemblée Générale des AOC Languedoc s’est tenue en deux parties avec un premier point sur la partie statutaire, les comptes et le renouvellement du conseil d’administration et une seconde partie, plus technique, sur l’identité géographique de l’appellation Languedoc avec le compte rendu de l’étude menée par le géographe Eric Rouvellac. Cette étude commandée et mise en place par le conseil d’administration a pour objectif de définir les limites  de l’aire géographique de l’appellation Languedoc pour en cerner la cohérence et étudier les potentialités d’extension, déjà très attendues dans une partie de l’Hérault.

L’aire géographique de l’appellation Languedoc pourrait donc être redéfinie ?

Les limites de l’appellation pourront effectivement être modifiées dans le temps, mais pas de façon importante car les reliefs sont vite là et nous montons très vite en altitude que ce soit du côté du massif pyrénéen, du côté de la Montagne Noire ou même des Cévennes. Nous arrivons donc très vite aux limites de la culture de la vigne. Il faut également prendre en considération les contraintes climatiques car dans la partie ouest de l’aire géographique, l’influence océanique devient plus importante et risque d’interférer avec la typicité méditerranéenne de l’appellation Languedoc.

La redéfinition de l’aire géographique de l’appellation Languedoc s’inscrit dans un contexte d’évolution climatique. Quels sont les autres solutions pour faire face à ces changements majeurs ?

Aujourd’hui le cahier des charges de l’appellation Languedoc a été modifié avec l’introduction de cépages dits “patrimoniaux”, à des visées de conservation du patrimoine. Ceux-ci pourront à termes rentrer dans l’assemblage des vins de l’appellation à hauteur de 5%. Il y a également une autre série de cépage que nous avons introduit à titre cette fois expérimental. Il s’agit de cépages italiens, siciliens et grecs qui pourraient, dans le cadre d’une évolution climatique, avoir un certain intérêt. Il est donc essentiel de pouvoir les expérimenter et de les introduire à termes dans nos assemblages.

D’autres mesures agro-environnementales ont été prises lors de l’AG. Lesquelles?

Un certain nombre de mesures agro-environnementales avaient déjà été votées par l’ensemble de nos dénominations. Il nous paraissait donc logique voire indispensable que l’appellation elle-même les applique. Il s’agit notamment de l’interdiction du paillage plastique, du désherbage chimique des tournières et de la limitation du désherbage de l’inter rang. Ces mesures nous paraissaient en outre cohérentes dans la mesure où nous produisons un vin de terroir pour lequel le sol est un élément fondamental qui doit être respecté et préservé.

La deuxième partie de l’AG était consacrée aux divers aspects économiques. Quels sont les grands axes qui ressortent ?

Il y a toujours une dynamique du rosé importante malgré un contexte économique particulièrement tendu avec le Covid-19, les taxes Trump et le Brexit. Certes nous avons enregistré moins de contrats mais les prix se maintiennent. Concernant le rouge, nous notons une évolution structurelle majeure qui s’accélère, avec notamment l’effondrement des produits d’entrée de gamme à moins de 4 euros en grande distribution. Ce segment tend à disparaître, et est aujourd’hui remplacé par une production en forte progression de rosé. Ce phénomène est également contrecarré par le repositionnement hiérarchique de l’appellation Languedoc et notamment par la création de crus.
En GD, cette tendance se confirme avec un fort développement du segment rosé à plus de 5 euros le col et des vins rouges en retrait.

Concernant l’export, la crise sanitaire du covid-19 a-t-elle eu un impact sur les principaux circuits de l’AOC Languedoc ?

A l’export cette crise sanitaire et économique a eu un fort impact sur nos échanges avec les Etats-Unis, premier marché de l’appellation Languedoc. Des échanges déjà fortement ralentis par les taxes du gouvernement Trump en début d’année. Pour s’y soustraire, les volumes ont été principalement exportés en vrac. Toutefois on note qu’à l’export comme en France, le rosé a le vent en poupe ; c’est le cas notamment aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Belgique, ou encore en Allemagne. En outre le prix moyen continue de progresser, autour de 4,10€ le col.

Le syndicat de l’AOC Languedoc porte depuis quelques mois le projet ambitieux de rénovation et d’agrandissement de la Maison des vins du Languedoc. « Nous sommes en finalisation de la phase de réflexion. Nous allons maintenant rentrer dans une phase plus active, avec la réalisation des plans qui comprend une partie construction de surface nouvelle et une partie rénovation. Le projet comprend également l’aménagement de tous les extérieurs. Le Mas de Saporta a en effet la chance de disposer des grands jardins qui nous permettent d’accueillir de nombreux événement dont les Estivales. Il est donc nécessaire de préserver voire de développer ces espaces d’échanges et de convivialité » conclut le président du syndicat.

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