Initiatives : des animaux dans les vignes

Des animaux dans les vignes pour une agriculture durable et naturelle
Des animaux dans les vignes pour une agriculture durable et naturelle

La présence d’animaux dans les vignes se révèle être un véritable atout pour la viticulture. Outre le cheval de trait utilisé traditionnellement pour le labour et le travail de la terre, poules, moutons et cochons sont réintroduits aujourd’hui dans les parcelles…

Il y a encore quelques années, nos amis les bêtes n’étaient pas vraiment les bienvenues à proximité des espaces agricoles et, a fortiori, des vignobles. Suspectée d’abîmer les ceps, les grappes et d’être porteuse de maladies, la faune locale a été volontairement éloignée du paysage viticole. Aujourd’hui, les initiatives se multiplient en faveur du retour des animaux dans la vigne afin de préserver et favoriser la biodiversité.

Un désherbage naturel

En Languedoc, certains vignerons n’hésitent pas à inviter les animaux de la ferme sur leurs terres, en installant, par exemple, des poules dans leurs vignes. C’est le cas notamment au domaine Lanye-Barrac, à Roquebrun, où une cinquantaine de volaille a pour mission le désherbage des rangs. « Chaque poule permet à elle seule de désherber près d’un mètre carré de vigne en dix jours. En plus de cela, elles grattent la terre au pied des ceps et se nourrissent d’insectes, de chenilles et de vers susceptibles de détériorer les bourgeons au printemps » constate Bernhard Backhaus, propriétaire.
D’autres vignerons, accompagnés d’éleveurs ont choisi, quant à eux, de remettre en pratique la tradition ancienne de l’agropastoralisme. A la Bergerie de Fenouillet, au cœur du Pic Saint-Loup, des brebis ont ainsi la délicate tâche de désherber sous les rangs. « Les moutons permettent de contrôler le couvert herbacé et remplacent plusieurs passages mécaniques. Ils sont introduits dans les vignes entre les vendanges et le débourrement, mais ils peuvent également être utilisés sur une période d’environ trois semaines pour l’effeuillage des vignes, entre la nouaison et la véraison » explique Michel Wack, à la tête du domaine.

Une économie d’argent et de temps

Le pâturage des vignes offre aux troupeaux une herbe de bonne qualité et facile d’accès. Cette nouvelle ressource permet également aux éleveurs de diversifier l’alimentation des animaux et de faire des économies sur le stock fourrager disponible. Pour un mois de pâturage, l’éleveur peut ainsi économiser jusqu’à 22 500 kg de foin, soit près de 2 500 € (source : agrosys).
Pour les viticulteurs, l’agropastoralisme permet de faire des économies sur les intrants et la ressource humaine. « La charge de travail se résume à une trentaine de minutes quotidiennes pour les nourrir et à deux journées par an pour entretenir les clôtures et déplacer les bêtes. Considérés comme rustiques, les animaux de la ferme ne nécessitent pas de soins spécifiques et les frais de vétérinaire sont peu important », précise Bernhard Backhaus. En outre, les animaux offrent un véritable gain de temps de travail. « Au domaine, deux ânes pré-taillent la vigne en grignotant l’extrémité des sarments. Ils s’arrêtent systématiquement à une trentaine de centimètres de la base du cep, ce qui permet d’économiser un temps de travail non négligeable » ajoute le vigneron.

Une meilleure fertilisation des sols

Le pâturage des animaux dans les rangs apporte par ailleurs une matière organique riche et variée. « C’est la raison pour laquelle au domaine nous privilégions la mixité des animaux. Vaches, poules et cochons mais aussi ânes et chevaux mangent en effet une végétation distincte ce qui permet de diversifier les fumiers, qui n’ont pas les mêmes compositions et propriétés » souligne Bernhard Backhaus. Cette matière organique participe à la vie des sols et les fertilisent. C’est notamment ce qu’a pu constater le vigneron. « Depuis la mise en place d’animaux au domaine en 2015, nous avons constaté un regain de fertilité. Les vignes sont plus saines et les rendements ont progressé avec à la clé des vins plus équilibrés et qualitatifs ».

Un travail du sol optimisé

En Languedoc, la traction animale revient également au goût du jour et séduit de plus en plus de vignerons soucieux de préserver la pérennité de leur vignoble.
Véritable alternative au tracteur, le labour à cheval a pour principal avantage d’éviter le tassement des sols qui, à la longue, entraîne une mauvaise irrigation de la vigne. Le passage répété des engins dans les rangs crée, en effet, un phénomène de compaction empêchant l’eau de s’infiltrer dans les sols pour constituer des réserves. En outre, le retour à la traction équine s’inscrit dans une démarche écologique globale. « Le cheval n’émet aucun CO2, permet de se passer du tracteur, grand consommateur en carburant et de limiter le recours aux désherbants chimiques » souligne Elisabeth Jacquier, vigneronne au Le Clos d’Elis à Gignac, qui fait intervenir depuis deux ans un éleveur de chevaux pour labourer ses parcelles.

Une technique de précision

Le labour à l’ancienne permet par ailleurs de réaliser un travail plus délicat, plus précis et plus respectueux de la terre. « Le principal intérêt de cette technique réside dans la grande précision du travail effectué. En effet chaque rangée et chaque cep de vigne sont traités de façon quasi individuelle. Ainsi, en décavaillonnage, nous n’avons dénombré aucun cep arraché ou cassé avec le cheval, tandis qu’avec l’enjambeur, le taux de casse est en moyenne de 3 à 5 pieds par hectare » rapporte Elisabeth Jacquier. « Le labour au cheval est enfin particulièrement intéressant dans l’intervention sur des parcelles où il est difficile d’accéder avec un  tracteur, notamment des parcelles en terrasses ou très pentues » conclut la vigneronne.

Un âne à l’origine de la taille
L’histoire raconte que lors de sa tournée des monastères, Martin de Tours, fatigué par ses longs voyages, s’assoupit près d’un vignoble, au pied d’un chêne qui lui prodiguait ombre et douce quiétude. Il avait attaché son âne succinctement en lui laissant une bonne longueur de corde pour le laisser batifoler autour de lui. Cet âne d’un naturel calme, tira cependant sur la corde mal attachée et, sans demander son reste, s’en alla brouter les jeunes sarments de vigne et se régala des belles feuilles toutes tendres. Devant les ceps ainsi ratiboisés, les vignerons furent forts en colère et Martin n’eut d’autre choix que de s’excuser pour les dégâts occasionnés. Mais quelle ne fut par leur surprise l’année suivante, à l’heure des vendanges. Là où l’âne avait brouté les tendres rameaux, de magnifiques grappes de raisins, juteuses et très sucrées, avaient poussées ! Elles étaient très différentes des années passées et le vin obtenu ne fut pas aigrelet comme à l’accoutumée mais rond et flattant bien le palais. C’est ainsi qu’est née la taille de la vigne.

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